Le temps de Ruy López

Comme il est rappelé dans la préface de la réédition de son « Livre de l’invention libérale et art du jeu d’échecs », le temps de Ruy López est celui du siècle d’or de l’Espagne. Ruy López naît en 1530 (soit 38 ans après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb) sous le règne de Charles Quint et décédera en 1580 sous le règne du fils de l’empereur Philippe II, celui là même qui mettra sur pied la très fameuse « grande et très heureuse flotte » ou « invincible Armada » qui sera, malgré cette appellation, tout de même vaincue par la flotte d’Elisabeth 1ère.

La couverture du Ruy López par Luc Poitier

La couverture du Ruy López par Luc Poitier

A écouter, le podcast Fréquence Diagonale n°22 : Le livre fondateur de Ruy López

cc-by-sa Fréquence Diagonale

Pour se plonger dans son époque, il est intéressant de voir les films suivants. Tout d’abord le majesteux « 1492 : Conquest of Paradise » (avec la musique, et quelle musique ! de Vangélis) et qui marque une date explosive dans l’histoire de l’Espagne et celle du monde puisque c’est la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, ainsi que celle où le dernier émir maure d’Espagne, Boabdil, rend Grenade aux rois catholiques, marquant la fin de la « Reconquista » qui met un terme à 7 siècles d’occupation, et qui sont aussi les siècles d’implantation du jeu d’échecs en Espagne par ces mêmes maures.

Ensuite, tout aussi majestueux, le superbe volet en deux parties racontant l’histoire d’Elisabeth 1ère, où l’on peut voir justement l’invincible Armada… vaincue !

Et enfin concernant Philippe II on pourra voir « La conjura del Escorial » :

Pour finir la vidéo de présentation de la traduction en Français du « Livre de l’invention libérale et art du jeu d’échecs » de Ruy López, que l’on appréciera pleinement en le liant aux grands événements suscités, qui permettent de mieux situer le développement historique du jeu des rois :

Le Tournoi

Peu de films ont réussi à mettre en scène le véritable jeu d’échecs (pas le jeu de salon, ou l’objet décoratif…) de façon convaincante. Stanley Kubrick l’avait utilisé dans « 2001 l’odyssée de l’espace » pour son côté « jouable par ordinateur », question philosophique à la clé, et c’était bien réussi, mais anecdotique. Il y a bien entendu la fameuse « Diagonale du fou » avec un très grand Michel Piccoli qui nous faisait vivre de l’intérieur un Championnat du Monde, et dernièrement le très bon « A la recherche de Bobby Fischer »…

« Le Tournoi » de Elodie Namer passe dans la catégorie supérieure. Quelle claque ! Les images des échiquier, des tables, des retransmissions, des analyses par ordinateurs sont belles, les plans sont vertigineux, les plongées et contre-plongées sensationnelles. La musique est superbe qui accompagne les moments forts tout le long du film.

Le Tournoi

Le Tournoi

Et quelle distribution ! Les acteurs sont à fond, on découvre le GMI Fabien Libiszewski (invité spécial de Fréquence Diagonale n°16) jouant Aurélien, qui se découvre un talent d’acteur inné (je l’ai trouvé très drôle ! Que ce soit en Lapin, en postiche, en bleu, en cascadeur de meubles…), Lou de Laâge séduisante et punchy dans un monde de mecs, Michelangello Passaniti parfait dans le rôle du GMI Cal favori au regard de tueur (même avec une bouteille de Tequila dans le nez et 20 minutes à la pendule… Il toise le Cal, il toise à mort… et c’est drôle !),  et Adam Corbier joue avec malice le très jeune génie Max (Aurélien se faisant « miniaturiser par un foetus » de 9 ans, ce qui est sans doute exagéré, 12 ans eût été un poil plus crédible, mais ça passe).

Lou

Lou


Le GMI Fabien Libiszewski invité de Fréquence Diagonale n°16

Le GMI Fabien Libiszewski était accompagné côté conseils échiquéens par Joachim Iglesias (2230 FIDE) que l’on aperçoit en joueur concentré sur un gros plan, qui ont apporté les très bons dialogues techniques (Bon conseil : sur f4 contre la PIRC, c6 suivi de d5 !) et soigné les parties que les acteurs jouent comme de vrais joueurs de tournois après s’être entraîné des mois dans une pratique intensive, et ça se voit (pas de fausses postures ou de mouvements superficiels, tout est crédible) ! Elodie Namer elle-même s’est plongée dans la pratique pour construire le film, en s’immergeant notamment au Canal, le club le plus festif de Paris animé par l’inénarrable Xavier Rubini.

Cal toise "à la Carlsen"

Cal toise « à la Carlsen »

Alors que raconte ce film in-fine ? Je ne vais bien entendu rien dévoiler, je dirai seulement ce que j’y ai vu d’essentiel. Cal est à fond, c’est le favori, il est brillant, sûr de lui, il a l’amour et la considération. Ce sera l’apocalypse, la fin du monde… Il croyait mener le jeu, il sert le jeu des autres, il va plonger… Puis ce sera la révélation.

Plongée

Plongée

Et quel final… quelle finale ! Brillant ! Bravo Elodie Namer !

1777 – 2014 cinq éditions du « Philidor »

J’ai eu l’immense plaisir de rencontrer à Paris Jean-Christophe Martine, qui m’a fait l’honneur de me faire découvrir une partie de sa très belle collection de livres historiques sur le jeu d’échecs. J’ai pu y découvrir des joyaux connus ou méconnus et, parmi tous ces trésors, rien moins que quatre éditions du Philidor parmi lesquelles, tenez-vous bien, un original de 1777 ! J’ai alors joint à cette série la nouvelle édition de 2014 que je lui ai bien entendu dédicacée.

De gauche à droite, les éditions du Philidor de 1777, 1803, 1850, 1871 et 2014

De gauche à droite, les éditions du Philidor de 1777, 1803, 1850, 1871 et 2014

On imagine mal l’effet produit quand on tient ainsi dans ses mains des objets historiques de cet ordre… On touche l’Histoire directement !

Jean-Christophe m’a très aimablement permis de réunir tout ce beau monde en quelques photos, que j’ai essayé de mettre en scène pour montrer les différences et évolutions que l’on peut y trouver au cours du temps.

L'édition de 1777 que l'on pourrait nommer "la définitive" est la seconde du vivant de Philidor, qui augmente et améliore celle de 1749

L’édition de 1777 que l’on pourrait nommer « la définitive » est la seconde du vivant de Philidor, qui augmente et améliore celle de 1749

L'édition de 1803 du Philidor, que l'on pourrait nommer "la confirmation", puisque parue après sa disparition en 1795.

L’édition de 1803 du Philidor, que l’on pourrait nommer « la confirmation », puisque parue après sa disparition en 1795.

L'édition de 1850 que l'on peut nommer "la classique", un siècle après la première en 1749 !

L’édition de 1850 que l’on peut nommer « la classique », un siècle après la première en 1749 !

On peut aussi jeter un oeil sur le contenu, en comparant les différences sur la notation et les commentaires du même « Premier Gambit » entre les différentes éditions, notamment par rapport à la moderne de 2014.

Premier Gambit comparaison 1777 - 2014

Premier Gambit comparaison 1777 – 2014

Premier Gambit comparaison 1803 - 2014

Premier Gambit comparaison 1803 – 2014

Premier Gambit comparaison 1850 - 2014

Premier Gambit comparaison 1850 – 2014

Premier Gambit comparaison 1850 - 2014

Premier Gambit autre comparaison 1850 – 2014

A noter que, curieusement l’édition 1871 revient à une notation descriptive abrégée, alors que les éditions de 1803 et 1850 avaient opté pour l’algébrique longue, ce qui est un mystère. Dans cette édition réalisée par C.Sanson, le recueil du Greco (ou « Le Calabrais ») est rajouté, les titres originaux des parties sont modifiés, les parties réordonnées, et des commentaires supplémentaires s’ajoutent à ceux de Philidor (celle de 2014 reprenant et ne reprenant que tous ceux de Philidor), et certains commentaires du Maître disparaissent…

Premier Gambit comparaison 1871 - 2014

Premier Gambit comparaison 1871 – 2014

Et enfin finissons par une vue sur l’édition 2014 aux côtés de ses illustres ancêtres.

L'édition 2014 du Philidor aux côtés de ses illustres ancêtres

L’édition 2014 du Philidor aux côtés de ses illustres ancêtres

Un magnifique moment que j’ai passé avec Jean-Christophe où nous avons beaucoup échangé sur l’histoire du jeu d’échecs et sa bibliographie, tout autant que sur le jeu d’échecs moderne. Un moment que j’ai voulu partager avec ces quelques photos sur l’histoire des éditions de l’incontournable « Analyse du jeu d’échecs, par François-André Danican Philidor ».

Le Philidor 2014 au club d’échecs de Vincennes

Le Philidor 2014 était dédicacé aujourd’hui sur invitation du Club d’échecs de Vincennes.

Un échiquier mural attendait le moment d’effectuer une lecture avec les commentaires originaux en vieux français d’une des parties analysées par le plus grand joueur du XVIIIème siècle, de voir la fameuse « position de Philidor » qu’il analyse en détail dans son livre, et de faire un peu d’histoire du jeu avec l’accueil de Philippe Dornbusch, animateur émérite du club et webmaster du fameux Chess&Strategy.

L’accueil était chaleureux, et une fois encore, à l’instar de la dédicace du Canal Saint Martin, quasiment tous les exemplaires ont été dévalisés lors d’une séance de dédicaces riche en échanges conviviaux.

Une lecture de partie avec les commentaires de Philidor

Une lecture de partie avec les commentaires de Philidor

Philippe Dornbusch commente la "position de Philidor" !

Philippe Dornbusch commente la « position de Philidor » !

L'heure des dédicaces

L’heure des dédicaces

Stéphane et Philippe en hommage à "Philidor le Grand"

Stéphane et Philippe en hommage à « Philidor le Grand »

La dédicace en une seule image

La dédicace en une seule image